Sophie Lezin : une femme qui decoiffe

Sophie Lezin : une femme qui decoiffe

Sophie Lezin est gérante du salon «L’Un S temps coiffure» dans le quartier du Breil à Nantes depuis trois ans. Cette femme forte de caractère fait face aux préjugés et à l’altérité de la vie sans jamais perdre espoir.

C’est dans une ambiance très chaleureuse que Sophie nous accueille. En deux temps trois mouvements, elle nous met à l’aise en nous proposant de prendre nos manteaux, et même une petite collation. Nous remarquons tout de suite sa générosité naturelle. Au fil de l’interview, nous comprenons qu’il s’agit d’un trait majeur de sa personnalité. Donner, sans forcément attendre en retour, c’est sa philosophie. Prendre du temps avec ses clientes, c’est le message que la coiffeuse a voulu véhiculer en appelant son salon «l’Un S Temps Coiffure». «Un instant, c’est court. Mais écrit comme cela, il faut prendre du temps pour le lire et le comprendre», nous explique-t-elle d’un ton enjoué. La coiffure, ce n’est pas que du travail, c’est aussi s’ouvrir à l’autre, pour cette grande bavarde : « j’aime blaguer, je suis très « blagues à deux balles ». Je ne me prend pas la tête, je suis ici comme à la maison ». Chez Sophie, on ne vient pas que pour se faire coiffer, on peut discuter de tout et de rien, ou même s’abriter les jours pluvieux. La porte de celle qui prône des relations humaines simples est ouverte à tous. Il faut prendre cette femme de caractère comme elle est. Être soi-même, voilà sa devise, « plus on est simple, plus c’est facile. La vie est déjà assez compliquée comme ça. »

Trouver sa place

Mais au fait, qu’est-ce qui a poussé la dynamique Sophie à devenir coiffeuse ? « Je rêvais d’être prof de sport. Mais en classe de 3ème, on est mal conseillés ». Poussée par sa sœur, elle se lance dans l’aventure de la coiffure. Et par chance, ça lui a plu, comme elle le dit elle-même : « cela fait 21 ans que je m’éclate ».

Après avoir été salariée, puis gérante d’un salon à Atlantis, la jeune femme de trente-sept ans a enfin trouvé le bon endroit pour monter sa petite entreprise, il y a trois ans, dans le quartier du Breil. Elle apprécie d’être son propre chef : « être entrepreneur, c’est rendre des comptes à soi-même avant d’en rendre aux autres, se lever pour soi, gagner son argent pour nourrir sa famille ».

Pour cette originaire de Saint-Sébastien, venir s’installer au Breil n’est pas tombé comme un cheveu sur la soupe. Sophie cherchait la convivialité du quartier. Mais ce n’est pas tout à fait ce qu’elle y a trouvé. « Ici c’est chacun pour soi. Dans le quartier, les gens sont proches sans être proches ». Avec émotion, la coiffeuse nous donne sa vision des choses : « pour moi, la vie de quartier c’est par exemple aller rendre visite à une cliente malade à l’hôpital, ou venir en aide à quelqu’un en difficulté dans la rue, que ce soit un client ou pas ».

De la détermination, la coiffeuse aux gestes et aux paroles assurés n’en manque pas. « En vingt-et-un ans de carrière, je n’ai connu qu’un mois et demi de chômage ». Et ses heures, elle ne les a jamais comptées. Sa philosophie : travailler, travailler, donner, donner. « Pendant quinze ans, je n’ai gagné que 950 EUR pour 39 heures de travail hebdomadaire. Et ça fait quatre ans que je n’ai pas pris de vacances ». C’est avec regret qu’elle constate que tout le monde n’a pas autant de motivation de nos jours : « les jeunes aiment bien se plaindre. C’est tellement plus facile que de se bouger les fesses », lâche-t-elle sans mâcher ses mots. Pour elle, la société a perdu la notion d’échelle de valeurs, ce qu’elle ne comprend pas car elle n’a pas été éduquée de cette façon.

«  Arrêtons de nous tirer une balle dans le pied »

D’après l’énergique coiffeuse, on travaille dans un quartier comme partout ailleurs. Lutter contre les préjugés qui circulent sur le quartier fait aussi partie de son quotidien. Elle n’a jamais voulu tomber dans les clichés. Elle ne croit ni à la représentation négative faite à propos du quartier, ni en ceux qui tendent à embellir ce qui s’y passe. Pour elle, la vérité se trouve au milieu. Bien que sa clientèle ne la comprenne pas toujours, elle tente de faire confiance aux jeunes : « ils vont à la boulangerie pour moi, je leur confie mon porte-monnaie ». En signe de reconnaissance, elle n’hésite pas non plus à les prendre dans sa voiture lorsqu’ils la sollicitent.

En dépit de sa bonne volonté, tout n’a pas toujours été facile pour cette femme au grand cœur. Elle ressent parfois du rejet de la part de certains habitants, en trois ans, elle a subi des insultes et s’est même faite cambrioler une fois. Mais elle n’a pas eu tort de faire confiance aux jeunes, car ce sont eux qui l’ont aidée à remettre son salon en état.
Alors Sophie garde toujours espoir. L’optimisme est un peu sa seconde peau. Cette femme forte ne manque pas de soutien, elle a su s’entourer de fidèles clientes et de proches sur qui compter. Grâce à eux, elle apprécie de pouvoir aller de l’avant.

Pour l’avenir, la jeune femme a plein de projets dans son tiroir : « j’aimerais agrandir mon salon, engager du personnel venant du quartier, et les encourager à s’installer ».

Il faut en vouloir pour faire partie de l’équipe de Sophie ! Elle conclut humblement : « je suis là pour transmettre mon savoir ».

Sophie Lezin, une femme qui décoiffe from Lolab on Vimeo.

Ahlem Snacel et Anne-Sophie Blot

 

L’animation issue du Workshop, où Ahlem multiplie les coiffures :